[les photos sont, en attendant d'autres, d'assez mauvaise qualité...]

 

IMG_20170812_101750Grâce à la famille CVX CI, j’ai été invité à un mariage traditionnel ivoirien. La mariée est ivoirienne et son mari Ch’ti (du Nord de la France). Ils se sont mariés en France en février 2017 et ont tenu à faire un mariage traditionnel ici avec la famille et les amis ivoiriens.

 

En Côte d’Ivoire, le mariage traditionnel, correspond à la cérémonie de la dot. Bien qu’interdit par le Code civil(!), l’église catholique ne peut procéder au mariage religieux si celui-ci n’a pas eu lieu (une des nombreuses incompréhensions !! J). Le mariage traditionnel symbolise la rencontre des deux familles des époux. La cérémonie dure plusieurs heures, est très orchestrée, plusieurs étapes se succèdent avec de notamment de nombreuses tenues différentes pour la mariée (mais aussi pour les invités).

 

J’ai été placé du côté des blancs (cad du marié car sa famille était venue de Cambrai pour l’occasion). Face à nous, la famille de Solange (la mariée). Deux ivoiriens ont servis de ‘porte-paroles’ / ‘interprètes’ pour la famille de Jean-Louis (marié) et deux représentants pour la famille de l’épouse. Tous les échanges sont menés par ces 4 personnes (ici tout c’est fait en français, parfois c’est dans langue de l’ethnie). Le marié est présent dès le début mais assis au fond ; la mariée elle, n’apparait que beaucoup plus tard !

 

Déroulé (en essayant de ne rien oublier… et rester un minimum synthétique) :

Salutations entre les interprètes. Les représentants de la famille de la mariée demandent les nouvelles. Ceux du marié, disent que les nouvelles sont bonnes. On offre ensuite à boire aux invités (cette étape est normalement faite en 1er, il faut proposer à boire à un invité, qui a soif après sa route pour venir vous voir). Une courte prière d’assemblée était menée par le frère de Solange pour bénir la journée, les familles, les invités. Ensuite, on demande les 2e nouvelles et on demande quelle est la raison de la visite. Les porte-paroles de la famille du marié a procédé à raconter une histoire : en visitant un jardin en France, il a vu une très belle fleur. Il s’est renseigné auprès des passants pour connaître le propriétaire du jardin afin de pouvoir lui demander comment acquérir cette belle fleur. En apprenant que le propriétaire du jardin était en Afrique, en Côte d’Ivoire, il s’est empressé de voyager jusqu’ici, rencontrer la propriétaire du jardin et demander la main de la fleur en mariage. (très imagé tout ça !).

La famille de Solange a ensuite demander à rencontrer celui qui souhaitait acquérir la fleur… Jean-Louis s’est levé, mis devant eux et sa belle-famille a accepté sa demande.

 

Les séquences suivantes correspondent à la dot. De nombreux cadeaux sont faits. Ils respectent scrupuleusement une liste établie par avance (celle-ci varie d’une ethnie à une autre et en fonction du statut social des familles).

 

 

1e dons : 2 bouteilles de gin

 

IMG_20170812_1039592e don : 2 bouteilles de gin, un sac de sel de 50 kg, 2 bouteilles d’huile de palme, plusieurs kilos d’ignames (une racine), feuille de tabac, du doliprane (non, en fait il s’agissait de poudre de tabac conditionné dans des tubes de dopliprane J) et de l’argent en liquide pour payer les 50 ? 70 ? kilos de viande de bœuf.

 

IMG_20170812_1053263e don : pagnes, parfum, peigne, miroir, tresses, chaussures… tout le nécessaire pour la mise en beauté de la mariée. (Ce sont les seuls cadeaux qui reviennent à la mariée ; tout le reste est scrupuleusement partagé entre la famille maternelle et paternelle de la mariée).

 

Il y a eu de nombreuses transactions monétaires dont je n’ai pas toujours suivi le sens / montant.

 

Le plus surprenant : la taxe de l’adultère ( !) de 500 FCFA (moins de 1€). Solange a dans ses prénoms, celui de sa tante. La tradition veut donc qu’elle épouse le fils de cette tante. Jean-Louis doit alors payer symboliquement une « taxe d’adultère » à ce cousin pour le « dédommager » de lui « prendre sa femme ».

 

IMG_20170812_110838Après les dons, il est temps d’accueillir la mariée ! Ceci suit une mise en scène amusante. La famille de Solange demande de l’argent pour la faire venir (payer son transport). S’en suit une négociation. Quand le prix est arrêté, une fille arrive couverte de la tête aux pieds. Jean-Louis doit alors reconnaître sa promise. Ce n’est pas Solange ! la femme se dévoile, demande de l’argent pour payer son transport retour.

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Cette mise en scène se poursuit une 2e fois puis une 3e fois – entrecoupée à chaque fois par les négociations entre les deux familles sur le prix du transport.

 

 

 

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A la 3e femme, Jean-Louis reconnait Solange ! IMG_20170812_112810J on découvre alors Solange, dans la 1e des 7 ? 8 ? 9 ? tenues qu’elle va avoir au cours de la journée. Elle porte une jupe en « paille », un corset décoré de graines palme et un collier de coquilles d’escargots (et superbe coiffure avec des tresses). Elle est pieds nus, herbes tressées aux chevilles. S’en suit une danse où se rejoignent famille et amis.

 

 

 

A ce moment là, je quitte la fête : on m’emmène dans une chambre pour me changer : me parer d’un pagne traditionnel !

 

1e étape : on me décore le corps (hauts des bras épaules, cou, dos, tibias, mollets) avec du « charbon ». On utilise le bouchon d’une bouteille en plastique pour me tamponner des cercles. Le résultat donne l’impression d’une « cotte de maille » (on fait les parallèles qu’on peut !). La fille qui m’a habillé / maquillé a vite laissé tomber le caolin (pierre rose) car sur ma peau blanche on ne voyait pas du tout les traces ! J.

IMG_20170812_121140Une fois cette séance de « maquillage » fini (3 points au coin des yeux, et entre les yeux), on m’a mis un pagne traditionnel attié (ethnie de Solange). Le pagne était d’un vert clair, tissu très épais : un morceau noué autour de la taille, un autre en guise de ‘corset’. La touche finale : un collier en or et un bracelet… sans oublier les chaussures (tongues en cuir) !

 

Prête, je suis retournée à la fête et quel accueil on m’a fait ! ce n’est pas tous les jours qu’on voit des blanches habillées de la sorte ! Tout le monde et venu danser avec moi et me féliciter. J’ai joué le jeu, dansé avec les grand-mères, la famille.

 

Très gênée d’être ainsi mise en avant, et pas très à l’aise dans ce tissus épais (et chaud !) je suis repartie ma changer. Pendant ce temps, la famille de Jean-Louis avait à leur tour était pris en charge et paré de pagnes de fête : magnifiques tissus et bijoux.

 

La suite : succession de danses, musiques, changements de tenues pour la mariée. Je dois dire qu’à ce moment là, très fatiguée je me suis éclipsée avec certains invités, discuter à table en attendant le repas qui a commencé vers 13h40 (cérémonie avait commencée à 10h…).IMG_20170812_121800

 

Le repas était servi assis. Les mariés étaient seuls à leur table d’honneur, visible de tous, au ‘centre’. La décoration était faite de pagnes, semblables au pagne choisi pour les invités. De nombreuses personnes étaient habillées du même pagne et en fin de journée, toute la famille de Jean-Louis, les mariés étaient également parés de tenues faits de ce pagne, jaune-orange assez beau.

 

Quelques précisions supplémentaires, en vrac : Le mariage s’est déroulé dans un hôtel / restaurant de Bassam, au bord de la plage avec, en fond, les superbes vagues et l’océan à perte de vue. Au repas, il y avait, comme toujours, BEAUCOUP à manger. Chacun avait le choix pour son plat principal et chacun pouvait être resservi 2, 3, 4 fois. Les ivoiriens aiment beaucoup la fête, la musique : celle-ci était très forte, variétés françaises, internationales, ivoiriennes, pendant toute la journée. L’alcool coule à flot : bière, whisky, vin : il y avait du choix !  Plusieurs séquences de danse se sont succédées. Certaines, seulement avec des femmes a qui ont pouvait remettre des billets. J’ai eu 1000 FCFA (2€ !) J Chaque invitée a reçu quelques dragées, les hommes un mouchoir en tissu avec un tampon « Solange et Jean-Louis » ainsi que tous une petite carte de remerciements.

 

… j’ai terminé la journée en piquant une tête dans la piscine, inaugurant le maillot acheté dès mon arrivée le matin même.

 

Quelle journée !

 

[les photos sont, en attendant d'autres, d'assez mauvaise qualité...]